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Denis Boulanger - FFK
Brève
Publié le : 30/12/2021

#LARÉTRO2021DE... Gilles Cherdieu, Directeur Technique National

Après une course aux Jeux Olympiques éreintante pour les corps et les esprits au sein du collectif France Karaté, le Directeur Technique National Gilles Cherdieu revient sur les premiers changements survenus en fin d’année et présente ses attentes pour l’année 2022.

Dès votre arrivée à la DTN, vous vouliez remettre les équipes au centre du collectif France Karaté : comment s’est traduite cette mesure sur l’année 2021 ?

« En effet, dès le 1er février dernier, j’avais annoncé dans ma feuille de route que la qualification olympique avait laissé des traces évidentes, que nous le souhaitions ou non. Les athlètes étaient plongés dans des projets individuels alors que d’évidence, si le collectif performe, alors c’est toute l’Equipe de France qui est tirée vers le haut. De ce fait, en accord avec les entraîneurs nationaux et le Directeur de la Performance, Yann Baillon, j’avais réorienté le projet « France Karaté » vers une dimension plus collective. En kata, je suis agréablement surpris de la suite donnée à cette envie. La troisième place des filles aux Championnats d’Europe de Porec et la cinquième place des hommes aux Championnats du Monde nous conforte dans cette trajectoire. Désormais, ces résultats doivent devenir des standards dans notre performance pour le groupe. En équipe combat femmes, je pense que nous avons tenu notre rang à Dubaï. C’est une bonne chose puisque l’équipe s’était rajeunie sur cette compétition mais le collectif a su rester soudé. Par contre, nous restons encore dans l’attente de progrès pour l’équipe combat hommes. De bonnes performances avec ce groupe peuvent déclencher de belles choses dans l’équipe en général par la suite. Nous sommes dans un renouveau, des choses se mettent en place progressivement. Je pense que nos dernières sélections étaient bonnes mais cela ne suffit pas : sélectionner les hommes et les femmes est une chose, créer une alchimie en est une autre. Pour y parvenir, il est nécessaire de renforcer notre travail avec les clubs pour que la préparation se fasse d’un commun accord. Les signaux sont encourageants, il ne nous manque pas grand-chose pour retrouver le chemin des podiums internationaux. »

En individuels hommes, êtes-vous étonnés de l’année exceptionnelle de Steven Da Costa ?

« Non, en aucun cas ! Tous les karatékas, même au niveau international, sont unanimes à son sujet : il fait partie des plus grands champions de l’histoire de notre discipline. C’est un athlète exceptionnel mais surtout, il a un mental à toute épreuve et c’est ce qui fait qu’il a atteint ce statut-là. Aux Jeux Olympiques, il avait une grosse pression. Personnellement, j’ai vu comment il gérait cette attente mais le Jour-J, il a combattu avec ce poids sur ses épaules sans que cela ne le détourne de son objectif : la médaille d’or olympique tant attendue pour les amoureux français du karaté. Le combat en demi-finale contre Assadilov en est le meilleur exemple : pratiquement imbattable, Steven le coupe en deux à quelques secondes de la fin et après, le Kazakhe abdique et ne tente même plus de combattre. Je veux dire que c’est une situation qui n’arrive jamais à ce niveau de karaté, je n’avais jamais vu cela : Steven a fait preuve d’une maîtrise exceptionnelle. Trois mois plus tard, il remettait le couvert pour les Championnats du Monde malgré une préparation tronquée par toutes ces sollicitations, méritées d’ailleurs. Il a su montrer qu’il avait bien la tête sur les épaules, il ne s’est pas laissé griser par ses performances. Il savait ce qu’il voulait comme un vrai professionnel qu’il est. Un grand bravo à lui d’avoir tout mis en place pour performer cette année : il est l’emblème du karaté français et de l’Equipe de France. A la Fédération, nous sommes toutes et tous fiers de l’avoir en porte-drapeau pour représenter l’ensemble des licenciés. »

Derrière le Champion Olympique, quelques profils commencent à émerger ?

« Bien-sûr, nous avons de nombreux athlètes qui sont déjà performants. Je pense à Jessie Da Costa par exemple qui nous a montré à Dubaï avec sa médaille de bronze qu’il était capable de produire ce genre de performances. Il a remporté sa finale pour la troisième place contre le Champion du Monde en titre (le Croate Ivan Kvesic, NDLR). C’est un combattant hors-pair, un fidèle coéquipier qui a tout pour poursuivre sa progression. Sur ces Championnats, Enzo Berthon et Faadel Boussag nous font aussi fait une belle impression et ratent de peu une médaille. Il y a également Raybak Abdesselem qui est devenu Champion d’Europe espoir en gagnant sa finale 8-0 en -84kg mais je pense aussi à Younesse Salmi ou Ryan Gari par exemple. Ils ont toutes les qualités pour réussir chez les seniors, maintenant à eux de se préparer en conséquence. A l’image des dernières Coupes de France, le vivier des combattants et des techniciens est très encourageant.

Chez les filles, nous avons eu de petites déceptions alors que sur les derniers événements, c’était elles que nous retrouvions en première ligne. Grande satisfaction avec l’équipe où Jennifer Zameto et ses coéquipières Alizée Agier, Léa Avazeri et Laura Sivert ont su exprimer tout son potentiel sans se poser de questions superflues. Je note avec satisfaction la performance d'Alizée qui se rapproche de son niveau. J'ai particulièrement aimé son comportement en équipe avec un état d'esprit de leader : cela fait du bien de la revoir combattre de cette manière ! Niswa Ahmed aussi a été intéressante pour ces débuts en seniors. Chez les plus jeunes, nous suivons attentivement les sœurs Sombe ou encore Natanaële Flamand. Ce sont à chaque fois des profils dont nous attendons beaucoup dans un futur plus ou moins proche. Sur les prochains parcours de sélection, nous ne retiendrons que les plus forts, ceux qui sont à même de rapporter des médailles pour notre pays. Ne nous trompons pas, le vrai objectif n’est pas d’être sélectionné mais bien de monter sur le podium. L’école française peut s’enorgueillir de posséder de bons clubs et de bons professeurs, je suis de fait convaincu qu’à l’avenir, nous continuerons à obtenir des résultats probants. »

Denis Boulanger - FFK

La confiance a-t-elle autant d’importance que les qualités de karatéka au plus haut-niveau ?

« Pour arriver à une bonne performance, il faut une synthèse entre un mental hors pair et des qualités physiques supérieures. Certes, la préparation mentale et tout l’encadrement mis en place autour ont une très grande place mais la technique reste toute aussi importante sur les compétitions internationales. Donc, un critère n’est pas à privilégier car l’un sans l’autre ne permet pas d’atteindre des objectifs élevés. Après, il n’existe pas un profil type chez les combattants ! Certains vont préférer les attaques spectaculaires, d’autres seront sur de la justesse et de la précision, ou encore davantage sur de la stratégie. Par exemple, les profils d’Enzo Berthon et Jessie Da Costa ne sont pas identiques. En revanche, ce sont des athlètes qui se battent, qui n’ont peur de rien et c’est vers ce genre de critères que je souhaite nous orienter. Ils doivent s’imposer et être le plus fort sur le tatami. Ce sera aux entraîneurs de sélectionner le profil le plus compatible à la performance internationale. Pour cela, nous allons continuer notre travail avec les clubs sur différentes observations et évaluations pour affiner nos choix. Après derrière, il convient de gagner sa place lors du parcours de sélection mais aussi d’être bon sur l’événement pour viser une médaille. »

Ces choix s’appliquent également aux techniciens en individuels ?

« Le kata est une approche particulière du karaté par rapport au combat. Les arbitres doivent s’habituer aux athlètes, les juger à plusieurs reprises pour bien cerner leur niveau. Mais selon moi, il faut aussi que ce soit le ou la plus forte sur une prestation qui doit s’imposer. Ce cheminement, nous voulons aussi l’appliquer dans notre parcours de sélection. Il y aura des choix à faire et nous avons commencé à les faire en fin d’année. La concurrence permet de mettre en valeur le niveau de nos athlètes français. Sur la dernière Coupe de France kata (4-5 décembre dernier, NDLR), j’ai vu des finales intéressantes avec un niveau qui repart à la hausse. Ce doit être une bonne stimulation pour les athlètes et cela permet de montrer qu’aucun statut n’est acquis. Plus il y a une évidence dans les résultats, plus la sélection finale se fera naturellement. En revanche, les regroupements des Equipes de France se feront plus régulièrement, il convient que nous augmentions la charge des entraînements. »

Avec la reprise des compétitions jeunes à l’international et sur le territoire, peut-on être confiant pour les prochaines années ?

« S’il y a bien une chose sur laquelle je suis sûr, c’est la qualité de l’enseignement dans les clubs en France. Bien entendu, il faut que ces structures se sentent valorisées, concernées et donc associées au projet national. C’est ce que nous essayons de faire avec les entraîneurs nationaux dans leur collaboration avec les entraîneurs en clubs. Toute l’année, ce sont les clubs qui s’occupent de leurs sportifs mais passé un certain niveau, nous devons travailler en synergie pour que lors des compétitions internationales de référence, les athlètes soient dans les meilleures dispositions. Le travail de la performance doit se faire en partenariat avec les clubs. C’est dans cette optique que cette relation est importante : elle va permettre à ces jeunes karatékas de poursuivre leur progression le plus efficacement possible. »

Denis Boulanger - FFK

La saison 2022 débutera avec le Paris Open Karate à Coubertin (21-22-23 janvier) : comment le collectif France Karaté s’organisera sur ce week-end ?

« Francis Didier, le Président de la Fédération Française de Karaté, a souhaité faire évoluer cette compétition de référence. Les athlètes et le spectacle qu’ils offrent seront remis au centre du débat. Du côté de l’Equipe de France, nous sommes en totale adéquation avec cette idée. Le nombre de Français participants sera conséquent et la sélection France Karaté sera quelque peu différente : nous aurons avec nous quelques espoirs repérés au cours des derniers mois, sur les Coupes de France du début de saison par exemple. Si un athlète n’est pas retenu par les entraîneurs nationaux sur cet événement, il pourra participer avec leur club pour que l’ensemble des karatékas français ait l’opportunité de participer à un tournoi international en France. Nous pourrons dès lors avoir une vision globale du niveau +18 ans en combat et +16 ans en kata. Nous attendons de leur participation une montée en régime car le Paris Open fait partie du parcours de sélection avec les Championnats de France en avril 2022. Il faudra apprendre à gagner le Jour-J et savoir gagner, ne plus se contenter d’une moyenne de performances sur plusieurs tournois pour obtenir sa sélection. L’Equipe de France part à la reconquête. Nous devrons travailler en synergie, les entraîneurs nationaux, les clubs, le Pôle, les préparateurs physiques et mentaux, en vue d’un projet de performance. Si l’Equipe de France gagne, c’est tout le karaté français qui en sera gratifié. Nous avons tout chez nous pour aller chercher cette performance. Mettons-nous au travail et allons chercher ces belles médailles. »