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Denis Boulanger - FFK
Brève
Publié le : 01/12/2021

Championnats du Monde 2021 : le bilan de Yann Baillon

Après une cinquième place au classement mondial des nations, le Directeur des Equipes de France Yann Baillon dresse le bilan tricolore des derniers Championnats du Monde de Dubaï. Avec 7 médailles pour le groupe France Karaté, la moisson aurait pu être encore plus belle.

Steven Da Costa : « Il n’y a pas un athlète au monde actuellement qui a le niveau de Steven »

« Steven Da Costa a envie de marquer l’histoire et il le fait une fois de plus. Des doubles champion du monde en France, il n’y en a pas beaucoup mais alors double champion du monde et champion olympique, il est tout seul. Il arrive avec beaucoup de pression mais ce que j’aime chez lui, c’est que même s’il stresse, même s’il se pose beaucoup de questions, sur le tapis cela ne se voit pas. C’est-à-dire qu’il arrive à gérer d’une main de maître ces sentiments en trouvant la solution implacable : peu importe la situation, il combat. Comme beaucoup, il pourrait très bien attendre ses adversaires pour les contrer avec son ura et cela marcherait sûrement. Mais non, lui il veut combattre pour provoquer les choses et s’engouffrer dans la brèche. En demi-finale contre le Japonais Nakano, il a failli perdre car il attaque mais finalement, c’est bien lui qui est récompensé. Il savait qu’il n’allait pas être suffisamment entrainé mais il a compensé avec d’autres ressources primaires comme l’agressivité et l’envie. Il n’y a pas un athlète au monde actuellement qui a le niveau de Steven et on doit être fiers de cela. Maintenant, c’est un leader de l’Equipe de France mais j’aimerais qu’en équipe, il apprenne à transmettre encore plus de la confiance aux autres pour qu’il soit plus relâché et ne porte pas toute la pression de l’équipe sur ses épaules. » 

Combats par équipe femmes : « Jamais facile d’assumer le statut de favorites »

« Forcément, quand tu perds ta finale, tu gardes une sensation amère de ta compétition. Après, il faut être réaliste et objectif : au vu de la pression qu’elles avaient sur les épaules et du statut de favorites à assumer, le parcours des filles est exceptionnel. Tous les deux ans, elles se remettent en selle et je ne sais pas si les gens se rendent bien compte de la performance que ces équipes ont toutes réalisée. Ce sont des groupes renouvelés à chaque fois mais grâce aux parcours individuels, leur force de caractère permet de prendre le dessus pour se dépasser. Alors oui, c’est une déception car nous aurions aimé qu’elles gagnent le titre une nouvelle fois mais cela s’est joué à peu de choses, l’Egypte était très forte en face. Alizée Agier a bien mené l’équipe, plus que d’habitude, et cela prouve une nouvelle fois que le capitaine n’est jamais connu à l’avance. Il évolue en fonction de la journée et des sensations de chacune. Léa Avazeri, qui tire en dernière et à qui revient souvent ce rôle, n’a pas non plus démérité mais l’Egyptienne en face a été intelligente et cela a suffi pour gagner. Enfin, je veux aussi parler de Jennifer Zameto. Comme pour tous les Championnats du Monde, nous avons lancé une jeune dans cette équipe et elle a prouvé sa valeur. Elle ne combattait pas en individuel mais nous décidons de la lancer en première combattante lors du premier tour : elle gagne avec beaucoup d’aisance. Tout cela prouve qu’elle a déjà pris sa place en équipe senior sur un Championnat du Monde, sans transition. Cette force de caractère, ce refus de la défaite, j’aimerais pouvoir la retrouver en individuels. »

Combats individuels femmes : « Dépassées par l’événement »

« Il y a deux catégories d’athlètes sur ces Championnats. Je pense à la jeune Niswa Ahmed qui m’a agréablement surpris : elle ne fait pas un mauvais parcours, elle perd de justesse sur une qualifiée aux Jeux Olympiques mais elle aurait dû gagner selon moi. Elle a pris de l’expérience et s’est rendue compte qu’elle avait le niveau. De l'autre côté, je pense à d’autres athlètes avec plus d’expérience mais qui n’ont pas réussi à tirer leur épingle du jeu. Léa Avazeri, Laura Sivert et Nancy Garcia sont passées un petit peu à côté mais avec des constats différents pour chacun d’entre elles. Je sais qu’elles ont le niveau mais elles ont été dépassées par l’événement cette fois-ci, c’est dommage. En ce qui concerne Alizée Agier, je suis très content pour elle ! Cela fait très longtemps qu’elle ne parvient plus à monter sur les podiums internationaux, qu’elle était en recherche de repères et nous les coaches, nous l’avons bousculé. Durant cette compétition, elle a vécu toutes les étapes qu’une sportive de haut-niveau peut connaître : un niveau moyen pour son entrée dans la compétition, une grosse déception face à Semeraro, des repêchages poussifs et enfin une troisième place où elle est allée chercher avec détermination sa médaille de bronze. Je pense aussi que les combats par équipe lui ont donné beaucoup de confiance avant ce dernier combat et c’est intéressant ! Les Championnats du Monde ne sont pas faciles, personne ne gagne tous ses tours en marchant sur l’eau et le fait de s’être bien battue pour obtenir ce résultat, cela va lui redonner un nouveau souffle pour la suite. 

Combats individuels hommes : « Des choses intéressantes en individuels »

« Au contraire des filles, nous avons vu des choses intéressantes en individuels. Enzo Berthon a été au bout de lui-même, il a tenté énormément de choses sur le tapis, il a su se faire confiance pour s'offrir le droit de rêver. Pour un premier Championnat du Monde, il aurait mérité de repartir avec une médaille. Même cas de figure pour Jessie Da Costa où on ne peut pas lui reprocher de ne pas être en finale : il fait une bêtise à 2 secondes de la fin de sa demi-finale mais il la commet en attaquant. Celui qui me dit qu'il aurait du attendre, je ne vais pas être d'accord avec lui. Il a fait sa compétition avec une seule logique en tête et il est allé au bout de cette logique. C’est le message que j’ai envie de faire passer aux Equipes de France : les personnes qui ont combattu ont toutes été médaillées ou alors proches de l’être. Alors, il faut oser, tenter et cela vous sourit. Kilian Cizo a toutes les qualités pour faire de belles choses mais nous l’avons senti sur la retenue. Il n’a pas pu s’exprimer pleinement et sa compétition s'est arrêtée trop tôt. De son côté, Faadel Boussag réalise une très bonne première journée mais derrière, sur les repêchages, il a du mal à retourner au combat et ne parvient pas à accrocher la finale pour le bronze. Malgré tout, le bilan des individuels par rapport aux résultats par équipe reste positif et cela doit nous servir dans le futur. »

Combats par équipe hommes : « De fortes individualités mais pas une équipe forte »

« Compliqué d’expliquer ce qu’il s’est passé chez les garçons. Je pense qu’il y a beaucoup d’appréhension, beaucoup de doutes et de calculs parmi l’équipe. Ils s’éloignent un peu trop de l’aspect combat du karaté. Sur ces Championnats du Monde, la déception est grande car l’Iran était absente mais aussi que les nations favorites en début de compétition ne sont pas celles qui sont allées au bout. L’Italie, qui fait championne du monde, ou la Serbie par exemple, ce ne sont pas forcément des karatékas extraordinaires mais c’étaient des équipes de combattants qui se sont donnés à 300%. Il faut se recentrer sur l’essence même de notre sport, le combat. La logique n’est pas de ne pas prendre de point, mais d’en mettre et nous nous retrouvions souvent dans le premier cas de figure : il faut que cela change et que les sept sélectionnés partent à la guerre tous ensemble. Pour le moment, nous avons de fortes individualités mais pas une équipe forte. »

Les kata : « Le bilan ne peut pas être positif »

« D’un point de vue comptable, le bilan ne peut pas être positif. Après, nous sommes dans une logique de recherche pour essayer de se rapprocher des meilleurs. Aujourd’hui, nous n’en faisons pas partie. Nous avons montré des signes encourageants et aller en finale de bronze avec l’équipe hommes est intéressant. Face aux Turcs, aux Espagnols et encore plus aux Japonais, l’écart est encore important sur le plan physique et technique. Pour les filles, c’est une petite déception par rapport aux Championnats d’Europe (médaillées de bronze) mais il a manqué quelque chose pour hisser encore leur niveau. En individuels, Helvétia Taily a été intéressante et son karaté plait. Derrière, il lui reste une grosse marge de progression et de travail pour pouvoir prétendre aux podiums internationaux. Pour Franck Ngoan, nous savons qu’il est costaud techniquement et que son karaté plait également. Mais il va falloir progresser rapidement sur le plan physique pour se battre plus haut. »

Les athlètes para : « Fédérer tout le monde autour d’eux »

« Ils sont avec l’Equipe de France depuis les Championnats du Monde de Linz en 2016 et à chaque fois, ils permettent de fédérer tout le monde autour d’eux, que ce soient les combattants ou les techniciens. Cela permet aussi d’avoir beaucoup d’humilité car tu les vois s’entrainer dur, ils viennent avec beaucoup de détermination pour faire des résultats. Cette fois-ci, l’attente sur place était très longue et tu sens que par exemple  Nohan Dudon arrive tendu sur le premier tour de ses Championnats du Monde. Après, il a réussi à se lâcher pour montrer qu’il a un niveau plus qu’intéressant et qu’il pourra prétendre rapidement au titre mondial. En ce qui concerne Virginie Ballario, je la connais bien et je suis surpris par le travail physique qu’elle a engagé ces derniers mois. Après de nombreux aménagements dans sa vie, elle s’entraine aujourd’hui comme une vraie sportive de haut-niveau. Elle tombe face à une extraterrestre en finale mais cette médaille d’argent reste une belle performance. Quant à Charlène Odin, elle poursuit son petit bonhomme de chemin avec cette médaille de bronze. A son entrée sur le tatami, c’est une autre personne. Elle a un niveau de détermination, c’est assez impressionnant. Forcément, je suis déçu pour Fatah Sebbak car cela fait un petit moment qu’il est en jeu, qu’il se demande s’il doit s’arrêter ou pas. Il faut quand même rendre hommage à sa longue carrière. Enfin, autre déception pour Jordan Fonteney, le boute-en-train du groupe. Tout le monde l’adore, il a ce côté affectueux qui fait que tu ne peux que l’aimer. Il s’entraine en plus beaucoup avec son père et son professeur et là, je l’ai trouvé très déçu de son résultat final. »