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Paco Lozano - Sen no Sen / FFK
Brève
Publié le : 18/12/2021

#LaRétro2021De... Olivier Beaudry, entraîneur national combat

« Historique » : ce n’est pas deux mots mais un seul qu’Olivier Beaudry, entraîneur national combat, utilise pour décrire son année 2021. Acteur de la réussite de Steven Da Costa et plus récemment d’Alizée Agier, il dresse à son tour son bilan de la saison écoulée.

Championnats d’Europe 2021 : « Plutôt une étape que le but final »

« C’est compliqué de tirer un bilan homogène de cette compétition pour tous les athlètes. A ce moment-là, nous sortons d’une longue période de qualification aux points pour les JO. Les combattants étaient fatigués et ils avaient en tête le TQO qui arrivait à grands pas. Ce contexte particulier fait que tous les regards n’étaient pas forcément tournés sur ces championnats. Pour certains, Porec représentait plutôt une étape que le but final et cela peut expliquer qu’ils soient passés à côté. Beaucoup de frustrations de notre côté car nous étions souvent dans le jeu mais trop peu récompensés par des médailles. Mention spéciale à Alexandra Recchia qui remporte la dernière médaille de sa carrière. Je la sentais en forme après Lisbonne où elle avait fini déjà 3ème (en avril 2021, NDLR) mais elle a réussi à confirmer lors de ce dernier événement son palmarès impressionnant. Multiple médaillée européenne et mondiale, elle finit encore avec une belle médaille de bronze. »

TQO : « Dans le contrôle, peut-être un peu trop »

« Malgré les résultats de Porec, je suis resté confiant pour la suite et le Tournoi de Qualification Olympique quia arrivait rapidement derrière. C’est le rôle d’un entraîneur de garder l’athlète dans une forme de positivisme. Après, j’ai toujours dit que 80% des combats se gagnaient au mental. Sur tout le parcours olympique, j’ai vu certains sportifs arriver « en mission » sur les compétitions, déterminés comme jamais. Le niveau est tellement élevé, les enjeux sont tellement forts que tous les combattants sont prêts à 100% sur ces grands rendez-vous. La différence va se faire sur l’approche de son rendez-vous : soit tu subis l’événement, soit tu décides de le croquer. Sur ce TQO, j’ai le sentiment que nous, Français, nous avons été dans le contrôle, peut-être un peu trop. Lorsque tu es dans le contrôle, c’est plus difficile de se surpasser et finalement, il manque quelque chose pour aller chercher la gagne ou du moins la qualification. Aussi, il faut le dire, je regrette que nous n’ayons pas pu profiter d’un Coubertin rempli sur les trois jours. Avec les restrictions sanitaires, nous n’avons pu eu le public pour nous porter et finalement, nous avions l’impression d’être en terrain neutre. »

Patrick Urvoy - FFK

Tokyo 2020 : « L’impression que c’est facile alors que pas du tout »

« Le jour de sa compétition, j’ai trouvé Steven (Da Costa) très détendu au début de sa journée. Il y avait un petit peu d’incertitudes par rapport au format spécial de la compétition. Je pense par exemple qu’il perd son second combat contre le Jordanien Almasatfa en partie à cause de ce format. Il savait qu’il avait le droit à une erreur et il l’a dit lui-même : il voulait prendre des risques pour lancer son tournoi et il a été contré. Mais je pense qu’il avait raison, que c’était le bon état d’esprit. Après, une fois qu’il se qualifiait pour les demi-finales, la médaille était assurée et il pouvait combattre avec un peu moins de pression. Je pense aussi qu’il a été piqué dans son orgueil car il a senti qu’il était passé dans la position du challenger : dans l’autre poule, Assadilov était en train de marcher sur tout le monde comme depuis plusieurs années et il survolait ses premiers combats. Dans la tête de Steven, je pense que cela le libère et surtout, il se dit qu’il doit prouver que c’est bien lui le meilleur. Et en demi-finale il en fait une affaire personnelle ! Derrière, il déroule et il va chercher sa médaille d’or avec brio.

Avant la compétition, il faut bien se rendre compte qu’il y avait beaucoup d’attentes autour de Steven. Il n’en parle pas forcément mais lui et moi, nous le savons très bien. Dans la tête des gens, lorsqu’il s’aligne sur une compétition, cela paraît normal qu’il soit dans l’obligation de gagner. Mais sur des Jeux Olympiques où les dix meilleurs mondiaux étaient présents et parmi eux, certains qu’il n’avait jamais rencontrés, ces données étaient importantes à prendre en compte. Je sais aussi que cela le dérange de voir autant tous ses efforts pour gagner banalisés. Comme il a un karaté « champagne », nous avons l’impression que c’est facile alors que pas du tout !

Après, j’ai aussi une pensée pour Leïla Heurtault sur la seconde journée. J’ai quelques regrets car elle était capable de bien mieux figurer et pour preuve : elle parvient à battre la Turque Coban, numéro 2 mondiale cet été, avec un super combat. Je reste persuadé qu’elle avait la possibilité de faire quelque chose sur ces Jeux. »

Paco Lozano – Sen no Sen / FFK

Sa relation avec Steven Da Costa : « Une belle aventure humaine »

« C’est une grande fierté de l’avoir eu jeune, de l’avoir accompagné toutes ces années. Aujourd’hui, il est le plus grand karatéka français de l’histoire. Mais au-delà de cela, c’est aussi une belle aventure humaine. J’ai la chance de le voir évoluer depuis ses 15-16 ans. Nous avons appris à nous connaître et nous apprenons toujours car il n’y a pas eu que des victoires sur notre parcours. Nous sommes capables d’avoir des mots durs entre nous et derrière, de repartir au combat avec encore plus d’envie. Ce n’est pas évident d’être capables de pouvoir se dire les choses et encore avec un gars au gros caractère comme Steven. Peu de monde peut lui rentrer dedans et je pense qu’il apprécie ce côté franchise dans notre relation. Après, ce qui est intéressant, c’est que cette franchise va dans les deux sens et quand il a des reproches à me faire, il ne se gêne pas pour me les faire ! (rires). Un champion qui accumule les victoires sait monter au créneau quand il le faut et c’est tout simplement son cas. »

Dubaï 2021 : « Il était intouchable »

« Je n’avais aucun doute sur le fait que Steven soit performant sur les Championnats du Monde. J’avais vu en stage et aux Championnats Méditerranéens qu’il avait conservé sa vitesse mais surtout, j’ai vite compris qu’il avait envie qu’on respecte son statut de champion olympique. Il marche beaucoup à l’orgueil et je savais que s’il faisait le déplacement à Dubaï, ce n’était pas pour la deuxième ou troisième place. Cependant, c’est vrai qu’il n’avait la préparation physique et mentale nécessaire pour un Championnat du Monde mais il a su se mettre rapidement au niveau physiquement. A partir de ce moment-là, il était intouchable.

Pour Alizée Agier, je suis vraiment content qu’elle ait pu décrocher cette médaille car c’est une fille qui fait tout pour réussir et surtout, elle le fait sérieusement. Du coup, elle a les défauts de ses qualités car elle réfléchit un peu trop parfois, elle veut toujours rester dans le contrôle. Maintenant, il faut qu’elle se fasse confiance car son instinct est souvent très bon. Cette médaille va lui permettre d’en prendre conscience car lorsque tu vois le coup de pied qu’elle met contre la Canadienne Bratic en finale pour le bronze, tu te dis qu’elle a les moyens d’être la meilleure de sa catégorie. Maintenant, il va falloir se sublimer et dépasser son envie de bien faire pour arriver à ce niveau. »