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Patrick Urvoy
Brève
Publié le : 28/12/2021

#LARÉTRO2021DE... Nadir Benaissa, entraîneur national

« Historique et renouveau » : au travers des quatre compétitions internationales majeures, Nadir Benaissa revient sur une année 2021 forcément particulière. Cap sur 2022 où le retour des équipes sera une nouvelle fois au cœur de l’ambition France Karaté.

La préparation en début d’année : « Monter un collectif fort et homogène »

« Le début de saison nous a permis de revoir du monde sur les tatamis et cela nous faisait très plaisir après un an d’interruption. Nous avons pu voir des sportifs déterminés avec l’envie de se démarquer des autres avant les grosses échéances de l’année. D’ailleurs, c’était une étape importante du processus de sélection pour les Championnats d’Europe et le TQO puisqu’aucun choix n’était arrêté. Nous voulions voir les différents niveaux avant de constituer une équipe. Cependant, en plus du niveau « technique » des athlètes, notre désir était de monter un collectif fort et homogène pour la suite. C’est dans cette optique que les test-matchs de mars et avril, ainsi que les stages nationaux par la suite, nous ont beaucoup servi. En ce qui concerne l’équipe femmes sélectionnée pour Porec, les quatre filles ont toutes été championnes du monde en équipe à un moment donné dans leur carrière : Léa, Leïla et Laura en 2018 et Alizée en 2016. Nous avions de belles raisons d’espérer faire quelque chose en mai car sur le papier, l’équipe était forte. »

Championnats d’Europe 2021 : « Un côté frustrant »

« Nous connaissons nos athlètes et nous connaissons leur potentiel. L’équipe femmes est sûrement une des plus costaudes du continent et la preuve en est, nous avons sorti du beau monde sur notre parcours : les filles remportent leur premier tour 2-0 face à l’Azerbaïdjan de la Championne d’Europe Zaretska et l’Ukraine de Terliuga et Serogina (toutes deux qualifiées aux Jeux Olympiques en août, NDLR). Mais finalement, nous tombons face aux Allemandes plus déterminées que nous. Donc, nous avons forcément un côté frustrant car tu sais que tu fais partie du top, que tu as tous les éléments en ta possession pour aller chercher des médailles mais que finalement, cela ne peut pas le faire. Ces Championnats d’Europe, placés à cette date-là, étaient très particuliers. Le TQO était en ligne de mire, il ne restait que très peu de places pour se qualifier aux Jeux Olympiques et la sélection finale pour le TQO était pratiquement complète. Donc, c’était à la fois une compétition de référence avec un objectif majeur mais c’était aussi une étape de plus dans le parcours olympique. » 

La fin du parcours olympique : « Fatiguant et usant psychologiquement »

« Le parcours de qualification olympique nous a fait vivre quatre belles années mais c’était fatiguant et usant psychologiquement, autant d’ailleurs pour les athlètes que pour l’ensemble des acteurs qui les ont suivi, que ce soit la Fédération, les coachs et les clubs. Nous sommes passés par toutes les émotions : un début de parcours où nous étions intenables, nous faisions des médailles sur chaque compétition quasiment. Ensuite, nous avons connu des moments tristes avec de nombreuses blessures mais aussi plusieurs échecs qui font que finalement, nous n’avions qu’un seul qualifié direct avec Steven Da Costa. Tout n’est pas à jeter, l’expérience a été plus qu’enrichissante. Je pense aussi à tous ces athlètes qui n’ont cessé d’enchaîner les Karate 1 Premier League, les Serie A, les championnats internationaux pour tenter de se qualifier aux points. Malgré l’arrêt et les doutes liés au COVID, ils n’ont jamais baissé les bras et ont montré une force de caractère à toute épreuve. Cependant, cette multitude de compétitions imposées par la WKF (Fédération Mondiale de Karaté, NDLR) n’était que la partie visible de l’iceberg. De notre côté, nous avons tenté de les maintenir sous pression grâce à une multitude d’outils. Que ce soit des entraînements en visio, pour certains dans des endroits pas adaptés à la pratique, sur de la technique et du physique, ou encore des entretiens à distance, nous avons tous tenu par rapport à cet objectif des Jeux Olympiques. »

Le Tournoi de Qualification Olympique : « Tellement envie de ne pas se rater »

« Autant pour Leïla Heurtault que pour Farouk Abdesselem dont j’étais le coach sur cette compétition, je pense qu’il leur a manqué de la sérénité. Ils ont un peu mélangé l’envie de bien faire avec l’envie de réussir et ce mélange n’a pas pris. Lorsque tu vois les tirages, tu dis qu’ils avaient le potentiel pour aller jouer les round-robin en fin de journée. Mais ce jour-là, je pense qu’ils avaient tellement envie de ne pas se rater. Le contexte ne les a sûrement pas aidés : vous êtes à domicile mais les amis ne sont pas là, le public non plus et tout ce qui peut te permettre de te dépasser, tu en es privé. De plus, du point de vue sportif, il ne faut pas oublier que le TQO représente la dernière chance de te qualifier pour les JO. Deux ans avant, tu apprends que le karaté ne sera pas présent en 2024 à Paris donc cela augmente le niveau de pression sur les sportifs puisque c’est un one shot. Au lieu de se dire « je vais me battre pour me qualifier », le discours était plus grave dans le sens « je vais me battre pour ne pas me louper » et mentalement, cela change ta manière d’aborder la compétition. »

Championnats du Monde Dubaï : « Une belle réaction de leur part »

« Lorsque je repense à la demi-finale de Jessie Da Costa qu’il perd dans les toutes dernières secondes, je ne peux pas lui en vouloir car il a pris ses responsabilités. Il aurait pu défendre, reculer et tout autant perdre d’ailleurs ! Mais non, il fait ce choix d’attaquer et je ne lui reprocherai jamais. Forcément, à chaud j’étais très déçu mais surtout pour lui en fait : il passe à côté d’une opportunité en or de remporte un titre mondial et ce n’est pas tous les jours le cas ! Mais après, même s’il méritait d’aller en finale, il a su tourner la page et il est passé à autre chose pour aller chercher une belle médaille de bronze. C’est une juste récompense pour Jessie qui est un garçon travailleur, dur au mal. Il a connu un terrible coup d’arrêt avec cette blessure aux ligaments en 2020 alors qu’il enchaînait les très bonnes performances en Karate 1. Il finit donc sur une médaille de bronze remportée contre le Champion du Monde en titre, c’est très positif !

Denis Boulanger

En ce qui concerne l’équipe combats femmes, nous avons pu voir une belle réaction de leur part sur ces Championnats du Monde. En amont, avec les entraîneurs de l’Equipe de France, les entraîneurs du Pôle France et les clubs élites où sont licenciées certaines d’entre elles, nous avons créé une telle synergie pour que les filles soient le plus confortable possible. Et cela se voit bien dès le deuxième tour où nous tombons contre les Croates, la même équipe qui avait remporté la médaille de bronze contre nous aux Championnats d’Europe en mai dernier. Quand tu vois ce tirage, tu aurais pu penser à une revanche mais les filles ne tenaient pas ce discours. Il fallait aller de l’avant et elles l’ont fait en les écartant. Derrière, elles ont avancé progressivement pour atteindre une nouvelle finale aux Championnats du Monde, c’est bien cela le plus important ! J’ai une pensée pour Laura Sivert qui n’est malheureusement pas rentrée sur cette compétition mais qui a été tellement utile dans la réussite de cette équipe avec les précédents championnats, tous les stages pour préparer Dubaï. Je m’attendais à ce que Jennifer Zameto entre sur le tatami avec toute son insouciance, toute sa fougue… Et bien non, c’est tout le contraire qui s’est passé : on aurait dit qu’elle avait plusieurs championnats seniors dans les jambes et elle a géré ses combats avec beaucoup de maturité. Alizée Agier a été la taulière du groupe cette semaine. Je lui donnais des consignes très précises sur chaque tour et elle les exécutait à la lettre. Enfin, s’il y a bien une fille qui est faite pour l’équipe, c’est Léa Avazeri ! Elle est toujours transcendée par le collectif, par l’esprit de groupe. Désormais, je ne lui souhaite qu’une seule chose : être aussi performante en individuel qu’en équipe. »

La saison 2022 : « Confiant pour la suite du collectif »

« Je suis confiant pour la suite du collectif France Karaté. Nous avions intégré de nombreux jeunes sur la dernière compétition donc le but, c’est qu’ils continuent de prendre de l’expérience pour performer encore sur les prochains événements internationaux et notamment les Championnats d’Europe en Turquie en mai 2022. Après, il faut faire attention : les compétitions se suivent mais ne se ressemblent pas forcément. Nous avons des ambitions en individuels mais surtout avec les équipes. Nous fixons des objectifs mais je crois que c’est surtout aux athlètes eux-mêmes de se fixer les leurs et de s’y tenir. En tant que coachs, nous mettons sans cesse en avant ce projet des épreuves par équipe car le karaté est un sport individuel, certes, mais tu ne peux pas performer sans une équipe soudée autour de toi. »